Chapitre 3 sur 8

Description et action : écrire ce qu’on voit

Les descriptions dans un scénario ont une fonction précise : elles permettent au lecteur de voir le film. Elles ne doivent pas devenir un roman, mais elles ne doivent pas non plus être sèches au point de rendre la scène invisible. L’équilibre est délicat.

Une bonne description de scénario est concrète, active, lisible. Elle donne les éléments nécessaires à l’image et au mouvement. Elle ne décrit pas tout. Elle choisit ce qui compte.

“Julie est triste dans son appartement.”

“Julie entre. L’appartement est encore plein de cartons fermés. Elle pose ses clés dans un bol déjà débordant de clés qui ne servent plus.”

La deuxième version ne dit pas directement “triste”. Elle crée une image, un lieu, un détail qui peut porter une émotion.

Il faut éviter les descriptions psychologiques invisibles. “Il se souvient de son enfance”, “elle comprend qu’elle a tort”, “il ressent une peur profonde” : ces phrases peuvent aider l’auteur dans ses notes, mais elles ne sont pas directement filmables. Il faut chercher ce qui se voit ou s’entend.

Au lieu de : “Il se souvient de son enfance.”

On peut écrire : “Il s’arrête devant une photo d’école. Son doigt cache son propre visage.”

Au lieu de : “Elle comprend qu’elle a été trahie.”

On peut écrire : “Elle relit le message. Cette fois, elle ne pleure pas. Elle sourit presque.”

Le scénario peut évidemment suggérer une émotion, mais il doit passer par l’incarnation.

Il faut également éviter les descriptions trop longues. Une page dense de décor ralentit la lecture. Le lecteur doit entrer rapidement dans la scène. Il vaut mieux donner quelques détails forts qu’un inventaire complet. Un bon détail peut remplacer dix lignes.

Un appartement peut être décrit par un élément précis : “Tout est rangé, sauf une valise ouverte au milieu du salon.” Ce détail raconte une situation. Il vaut mieux qu’une liste de meubles.

Les paragraphes d’action doivent être aérés. Un scénario se lit vite. Les blocs trop massifs fatiguent. On peut découper l’action en unités courtes, chacune correspondant à un mouvement, une image, une bascule.

Mais attention : court ne veut pas dire pauvre. Une phrase simple peut être très évocatrice. La précision remplace souvent la longueur.

Il faut aussi choisir des verbes actifs. “Il est assis” peut être nécessaire, mais “il attend”, “il surveille”, “il évite”, “il fouille”, “il range”, “il déchire”, “il recule” donnent plus d’énergie. Les verbes racontent le comportement.

La description doit respecter le point de vue de la scène. Si le spectateur ne peut pas savoir une information, le scénario doit faire attention à la manière de l’introduire. Dire “c’est la dernière fois qu’elle voit cet appartement” est une information d’auteur, pas une image immédiate, sauf si quelque chose dans la scène le fait sentir.

Il faut aussi éviter de diriger inutilement la caméra. Les indications comme “gros plan”, “travelling”, “contre-plongée” ne sont pas interdites dans l’absolu, mais elles doivent être utilisées avec prudence. Dans beaucoup de cas, il vaut mieux écrire l’effet recherché par l’action et le détail plutôt que donner un ordre de réalisation.

Au lieu de : “Gros plan sur sa main tremblante.”

On peut écrire : “Sa main tremble sur la poignée. Elle n’ouvre pas.”

La deuxième version donne l’image sans imposer techniquement le plan.

La description doit aussi intégrer le son. Écrire pour l’écran, ce n’est pas seulement écrire l’image. Un bruit peut annoncer une présence, créer une attente, rappeler un souvenir, interrompre une scène. Une sirène au loin, une notification, un voisin qui tousse, un plancher qui craque, une musique trop forte : le son fait partie de la scène.

Il faut cependant éviter d’écrire tout ce que l’on imagine. Le scénario n’est pas un cahier de mise en scène complet. Il doit donner ce qui est nécessaire au récit, à l’atmosphère et à l’action.

Un bon test de description : si je supprime ce détail, est-ce que la scène perd quelque chose ? Si oui, le détail est utile. Si non, il est peut-être décoratif.

Comme toujours, certaines écritures de scénario sont plus littéraires, plus poétiques, plus stylisées. Ce n’est pas interdit. Mais le style doit aider à voir et à sentir le film, pas se substituer au film. Une phrase belle mais floue peut moins servir qu’une phrase simple et précise.

Écrire ce qu’on voit ne signifie pas réduire la profondeur. Au contraire, c’est souvent par les choses concrètes que les émotions deviennent plus fortes. Une tasse fêlée, une clé qui ne tourne plus, une robe sous plastique, un ticket de caisse gardé trop longtemps : l’écran aime les preuves visibles de l’invisible.

Questions fréquentes

Comment écrire une description dans un scénario ?
Il faut écrire ce qui peut être vu ou entendu : actions, lieux, objets, gestes, sons, comportements. La description doit être précise sans devenir trop longue.
Peut-on écrire les pensées d’un personnage dans un scénario ?
Il vaut mieux éviter les pensées invisibles, sauf dispositif particulier. Il faut chercher comment la pensée se manifeste par une action, une image ou une parole.
Faut-il indiquer les mouvements de caméra ?
Pas systématiquement. Il vaut souvent mieux écrire l’action et l’effet visuel recherché plutôt que donner des indications techniques de réalisation.
Comment éviter des descriptions trop longues ?
Il faut choisir quelques détails forts qui racontent la situation, au lieu de décrire tout le décor. Le détail dramatique est plus utile que l’inventaire.