Chapitre 6 sur 8

Organiser les personnages dans le plan

Planifier une histoire, ce n’est pas seulement organiser les événements. C’est aussi organiser les personnages. Qui porte l’histoire ? Qui crée les obstacles ? Qui révèle une vérité ? Qui disparaît trop longtemps ? Qui répète une fonction déjà occupée par quelqu’un d’autre ? Une histoire peut avoir une bonne idée et une structure correcte, mais perdre en force parce que sa distribution n’est pas claire.

Le premier point à vérifier est le centre. Même dans une histoire chorale, il existe souvent un centre de gravité : un personnage, une relation, un groupe, un lieu, un événement. Si tous les personnages semblent aussi importants mais que le projet ne sait pas pourquoi, le spectateur peut se disperser.

Il ne s’agit pas de rendre tous les récits classiques. Une pièce peut refuser le héros unique. Une série peut suivre un groupe. Un scénario peut changer de point de vue. Mais l’auteur doit savoir ce qui relie les trajectoires. Sinon, le texte devient une succession de portraits.

Le deuxième point est la fonction dramatique de chaque personnage. Cela ne veut pas dire réduire les personnages à des outils. Mais dans le plan, il est utile de savoir ce que chacun apporte.

● celui qui empêche le désir principal ; ● celui qui révèle le passé ; ● celui qui pousse à agir ; ● celui qui propose la fuite ; ● celui qui représente le prix à payer ; ● celui qui ment ; ● celui qui sait trop ; ● celui qui ne comprend rien mais dérange tout ; ● celui qui dit la vérité trop tôt ; ● celui qui rend le choix final plus difficile.

Si deux personnages ont exactement la même fonction, il faut se demander s’ils doivent être différenciés, fusionnés ou assumés comme duo. Deux personnages peuvent bien sûr partager une fonction, mais ils doivent produire des effets différents.

Par exemple, deux frères peuvent tous deux s’opposer à la vente d’une maison. Mais l’un s’y oppose par fidélité au père, l’autre par intérêt financier. Les positions semblent proches, mais les motivations créent deux tensions différentes.

Le troisième point est la présence. Certains personnages disparaissent trop longtemps. Quand ils reviennent, le spectateur les a oubliés ou ne sent plus leur importance. Il faut

vérifier leur trajectoire : apparaissent-ils au bon moment ? Chaque apparition modifie-t-elle quelque chose ? Leur absence est-elle travaillée ?

L’absence peut être un outil très fort. Un personnage absent peut dominer une histoire : un père mort, une mère partie, un acteur qui ne vient jamais, une sœur dont on ne parle pas. Mais cette absence doit être active. Les autres personnages doivent être modifiés par elle.

Le quatrième point est l’évolution des relations. Dans un plan, on peut suivre les duos importants. Au début, où en sont-ils ? Que veulent-ils l’un de l’autre ? Quelle scène change leur rapport ? À la fin, que reste-t-il ?

Une histoire devient plus riche quand chaque relation a une trajectoire. Même simple. Deux personnes commencent en alliance, puis une information les sépare. Deux ennemis découvrent une vulnérabilité commune. Une relation familiale passe de la politesse à l’accusation. Un couple ne se réconcilie pas, mais cesse de mentir.

Le cinquième point est le point de vue. Qui sait quoi ? Qui comprend quoi ? Le spectateur suit-il un personnage ou en sait-il plus que lui ? Change-t-on de point de vue ? Si oui, pourquoi ? Le plan doit contrôler la circulation de l’information, car elle influence fortement le suspense, l’émotion et l’empathie.

Par exemple, si le spectateur sait dès le début qu’un personnage ment, chaque scène avec lui devient tendue. Si le spectateur l’apprend tard, les scènes précédentes sont relues autrement. Aucun choix n’est supérieur en soi. Mais le plan doit choisir.

Le sixième point est le nombre de personnages. Beaucoup de premiers textes ont trop de personnages. Chaque nouveau personnage demande du temps, une voix, une fonction, une relation. Un personnage de plus peut enrichir, mais il peut aussi disperser. Il faut se demander : ce personnage apporte-t-il une pression unique ? Peut-il être remplacé par un personnage déjà présent ? Son absence serait-elle plus forte que sa présence ?

Au théâtre, cette question est aussi pratique. Le nombre de personnages influence la distribution, la production, le rythme des entrées et sorties. Une pièce pour deux personnages ne crée pas le même type de tension qu’une pièce pour huit. Il ne faut pas choisir uniquement selon la facilité, mais il faut être conscient de l’effet.

Pour un scénario, le nombre de personnages influence la lisibilité. Trop de visages introduits trop vite peuvent perdre le spectateur. Il faut hiérarchiser.

Un exercice utile consiste à créer une ligne par personnage dans le plan :

● Ce qu’il veut. ● Ce qu’il cache ou refuse de voir. ● Sa fonction dans l’histoire. ● La scène où il change ou révèle quelque chose. ● Ce qui manquerait s’il disparaissait.

Si l’on ne peut pas répondre à la dernière question, le personnage est peut-être encore décoratif.

Comme toujours, les règles peuvent être brisées. Un personnage peut être volontairement inutile au sens classique, mais essentiel à l’atmosphère. Une apparition peut être gratuite en apparence mais produire un effet poétique. Une distribution peut être volontairement éclatée. Mais l’auteur doit savoir pourquoi. Le désordre peut être une forme. Il ne doit pas être seulement un manque de tri.

Planifier les personnages, ce n’est pas les figer. C’est vérifier que chacun a une place vivante dans le mouvement d’ensemble.

Questions fréquentes

Comment organiser les personnages dans un scénario ?
Il faut identifier le centre de l’histoire, le désir de chaque personnage important, sa fonction dramatique, ses relations principales et son évolution.
Comment savoir si j’ai trop de personnages ?
Si plusieurs personnages remplissent la même fonction ou disparaissent sans conséquence, il faut peut-être fusionner, supprimer ou renforcer certains rôles.
Un personnage absent peut-il être important ?
Oui. Un personnage absent peut dominer une histoire s’il influence les actions, les souvenirs, les conflits et les décisions des autres.
Comment suivre les relations dans un plan ?
On peut noter pour chaque duo l’état de départ, ce que chacun veut de l’autre, la scène de bascule et l’état final de la relation.