Chapitre 3 sur 8
Écrire l’objectif de scène
Un personnage peut avoir un grand objectif dans l’histoire : vendre une maison, sauver une relation, obtenir un rôle, fuir sa famille, découvrir la vérité, gagner un procès, monter une pièce. Mais dans une scène, cet objectif général doit souvent devenir plus précis. Le personnage ne poursuit pas toute sa vie en une seule fois. Il veut quelque chose maintenant, face à quelqu’un ou quelque chose.
L’objectif de scène est ce que le personnage essaie d’obtenir dans ce moment précis.
Il peut vouloir convaincre, cacher, séduire, faire avouer, obtenir une signature, éviter une question, récupérer un objet, provoquer une réaction, gagner du temps, sortir d’une pièce, empêcher quelqu’un de partir, garder son image, se faire pardonner, humilier, rassurer, tester, reprendre le contrôle.
Plus l’objectif est concret, plus la scène devient facile à écrire. “Elle veut être aimée” est profond, mais trop large pour une scène. “Elle veut que son frère lui demande de rester” est plus jouable. “Il veut la vérité” est large. “Il veut que sa mère dise le nom de son père avant la fin du dîner” est plus précis.
Un objectif de scène n’a pas besoin d’être noble. Les personnages veulent parfois des choses petites, honteuses, contradictoires ou absurdes. Ils veulent avoir le dernier mot, ne pas pleurer, ne pas être vus, faire culpabiliser l’autre, être invités sans demander, obtenir une preuve d’amour sans se mettre en danger. Ces objectifs minuscules peuvent produire de grandes scènes parce qu’ils touchent à l’orgueil, à la peur, au désir.
Il faut aussi distinguer objectif conscient et objectif inconscient. Le personnage peut croire qu’il veut une chose, alors qu’il cherche autre chose.
Il dit qu’il veut récupérer une clé.
En réalité, il veut vérifier qu’il a encore une place dans la maison.
Il dit qu’il veut parler du budget.
En réalité, il veut savoir si son partenaire croit encore en lui.
En réalité, il veut garder le pouvoir.
Le dialogue devient plus riche quand le personnage ne formule pas directement son vrai objectif. Le spectateur sent alors le sous-texte. Deux personnages peuvent discuter d’une valise alors qu’ils parlent en réalité d’une séparation. Ils peuvent parler de la cuisson d’un plat alors qu’ils se battent pour savoir qui dirige la famille.
Une scène devient souvent plus active quand chaque personnage a son propre objectif. Si un personnage veut obtenir une signature et l’autre veut éviter de signer jusqu’à ce qu’une vérité soit dite, la scène a un moteur. Si les deux personnages veulent simplement “parler de la situation”, la scène risque de devenir explicative.
Il est utile d’écrire les objectifs en verbes actifs : convaincre, empêcher, obtenir, cacher, révéler, tester, séduire, fuir, provoquer, contrôler, rassurer, accuser, négocier, retenir, forcer, protéger.
Les verbes vagues sont moins utiles : discuter, parler, échanger, réfléchir, se souvenir. Une scène peut contenir une discussion ou un souvenir, mais le moteur dramatique vient souvent d’un verbe plus actif.
Exemple faible : “Deux sœurs parlent de leur père.”
Exemple plus actif : “Une sœur veut faire signer la vente de la maison ; l’autre veut l’obliger à ouvrir les cartons de leur père avant de signer.”
La deuxième formulation donne déjà une scène. Elle permet d’écrire des tactiques.
Les tactiques sont les moyens utilisés par le personnage pour atteindre son objectif. Il peut commencer doucement, puis insister, plaisanter, accuser, séduire, menacer, mentir, supplier, se taire, faire intervenir quelqu’un d’autre. Une scène devient vivante quand le personnage change de tactique au lieu de répéter la même demande.
Si un personnage veut que l’autre reste, il peut essayer :
- La tendresse. 2. L’humour. 3. La culpabilité. 4. La colère. 5. L’aveu. 6. Le chantage affectif. 7. Le silence.
Chaque tactique révèle quelque chose. Le personnage découvre ce qui marche, ce qui échoue, ce qui lui coûte. L’autre personnage résiste, esquive, attaque ou se laisse toucher. C’est cette variation qui donne du rythme.
L’objectif de scène est aussi un outil pour éviter les dialogues plats. Quand les personnages n’ont pas d’objectif, ils échangent des informations. Quand ils en ont un, chaque réplique devient une action. Une question peut devenir une attaque. Une blague peut devenir une fuite. Un compliment peut devenir une manipulation. Un silence peut devenir un refus.
Il faut toutefois éviter de rendre l’objectif trop visible. Si le spectateur voit trop clairement la mécanique, la scène peut sembler fabriquée. Les personnages ne doivent pas forcément annoncer ce qu’ils veulent. L’auteur, lui, doit le savoir. C’est une différence importante.
Au théâtre, les acteurs travaillent souvent avec cette idée d’objectif ou d’intention. Une réplique n’est pas seulement une phrase. Elle cherche à produire un effet sur l’autre. Même une phrase très simple comme “Tu as froid ?” peut vouloir dire : “Reste encore”, “Je m’inquiète”, “Je veux éviter le vrai sujet”, “Je sais que tu mens”, “Je reprends soin de toi pour ne pas m’excuser”.
Pour le scénario, l’objectif aide à penser l’action visuelle. Si le personnage veut éviter une conversation, que fait-il ? Il range, il cherche ses clés, il répond à un message, il augmente le volume de la télévision, il sort les poubelles. L’objectif ne passe pas seulement par les mots.
Comme toujours, on peut écrire des scènes où l’objectif semble absent. Certains personnages ne savent pas ce qu’ils veulent. Certaines œuvres travaillent l’errance, l’inaction, l’épuisement. Mais même dans ces cas, il peut être utile de savoir ce que la scène cherche à faire ressentir. Si le personnage n’a pas d’objectif, la scène peut avoir une tension : l’attente, le vide, l’impossibilité, la répétition, la gêne.
Un objectif clair n’est donc pas une obligation esthétique. C’est un outil. Quand une scène ne fonctionne pas, c’est souvent l’un des premiers endroits à vérifier.
À retenir : l’objectif de scène est ce qu’un personnage essaie d’obtenir dans un moment précis. Plus il est concret et actif, plus la scène gagne en tension. L’objectif peut être caché, contradictoire ou inconscient, mais l’auteur doit sentir ce qui pousse le personnage à parler ou à agir.
Questions fréquentes
- Qu’est-ce qu’un objectif de scène ?
- C’est ce qu’un personnage veut obtenir dans une scène précise. Il peut vouloir convaincre, cacher, obtenir, empêcher, séduire, provoquer, fuir ou faire avouer.
- Quelle différence entre objectif de scène et objectif global ?
- L’objectif global concerne toute l’histoire. L’objectif de scène est plus immédiat. Un personnage peut vouloir quitter sa famille dans l’histoire, mais dans une scène vouloir récupérer son passeport.
- Comment rendre un dialogue plus actif ?
- Il faut donner un objectif à chaque personnage. Quand chacun veut obtenir quelque chose, les répliques deviennent des actions plutôt que de simples échanges d’informations.
- Un personnage peut-il ne pas savoir ce qu’il veut ?
- Oui. Mais cette confusion doit produire un effet clair : errance, malaise, contradiction, blocage. L’auteur peut choisir l’opacité, mais il doit savoir pourquoi.